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Les Master class de la SCAM 2015-2016

Pour la 5e année consécutive, la Société Civile des Auteurs Multimédia (SCAM) organise un cycle de plusieurs Master class à destination des élèves du Master 2 Concepteur Audiovisuel, en partenariat avec Ina Sup. Pour chaque Master class, un réalisateur de film documentaire est mis à l’honneur ainsi qu’une de ses oeuvres qui est projetée, vient ensuite un moment d’échange entre le réalisateur et le public.

Afin d’introduire au public chaque réalisateur, les élèves du Master préparent de brèves présentations à leur sujet, vous pouvez les retrouver ci-dessous.

 

Jeudi 12 novembre 2015

Michael Prazan – Einsatzgruppen

Monsieur Prazan, encore jeunes et en plein apprentissage, nous avons appris votre existence il y a quelques semaines seulement, en cours avec Stéphane Bou. Il citait votre film Les Einsatzgruppen: les commandos de la mort en questionnant le remploi d’archives dans le cinéma documentaire. Sa connivence amicale avec vous s’est fait ressentir. Et à cela s’est mêlée l’enthousiasme peu dissimulé du reste des intervenants de notre formation, concernant la projection de votre film en ouverture des master class de la SCAM. C’est donc avec une certaine curiosité que nous sommes parties à la recherche de vous, de vos faits.
Vous dites avoir depuis toujours eu l’envie d’écrire, d’être écrivain, ce qui vous a mené à faire des études de lettres modernes, puis à enseigner pendant dix ans. La littérature semble être pour vous un moyen de laisser une trace à l’histoire. La volonté de sauvegarder la mémoire apparaît être l’une de vos pierre angulaire ; une mémoire d’événements, de mouvements et d’idéologies particulièrement difficiles à comprendre. Après avoir vu le documentaire Yougoslavie, suicide d’une nation européenne, de Brian Lapping vous décidez de devenir à votre tour documentariste, avec toujours cette démarche d’historien qui vous caractérise. Vous avez aussi la particularité de doubler souvent vos travaux cinématographiques d’une œuvre littéraire, comme un pendant qui n’aurait pas subit de montage. Une série de diptyques se met alors en place : un livre et un film qui se répondent et se complètent, à un rythme effréné. Presque un sujet traité par an.
Vite on comprend que vous n’avez pas eu peur de partir à la rencontre de l’autre, quel qu’il soit (comme lors de votre récent projet sur les Frères Musulmans) et de vous battre pour la quête de vérités historiques. Vous dites être attaché à la notion de subjectivité, de point de vue, autant dans le cinéma que dans la littérature, et restez marqué par votre jeunesse passée dans le quartier du Carreau du temple, ainsi que par l’histoire tragique de votre famille durant la seconde guerre mondiale. Cela au point que vous affirmez au journal Le Monde en 2015 que vous êtes « né dans la Shoah » et qu’elle a toujours été présente en vous, comme Auschwitz.
Au cours d’un discours à Orléans, le 3 décembre 2014, vous affirmez vous battre pour « Une cause qui a plusieurs noms : l’histoire, la mémoire, l’information, la vérité, le rejet et la haine de l’injustice ». Vous semblez vouloir évoquer ces faits d’histoire, qui continuent de nous dépasser, pour s’inscrire dans un présent où resurgissent des maux analogues, comme l’antisémitisme. Dans votre jeunesse, vous êtes attiré par les sujets sur les groupes extrémistes, les mouvements radicaux, ainsi que les idéologies meurtrières. Vous avez travaillé tout d’abord sur les années terroristes pendant les mouvements étudiants au Japon dans les années 70, puis sur Pierre Goldman, ou encore le massacre de Nankin.
C’est lors du tournage du documentaire, Nankin; la mémoire et l’oubli, traitant du massacre des civils de l’ancienne capitale chinoise par l’armée japonaise en 1937 que naît, pour vous, l’idée de faire un film sur les commandos de la mort, les Einsatzgruppen. Il vous faudra deux années de travail pour réaliser ce film important, diffusé en prime-time en 2009 sur France 2, dont le sujet porte sur les exterminations de masse à l’Est, autrement dit l’histoire de la Shoah par balles. Ces bataillons d’Einsatzgruppen (composés principalement de SS et de policiers allemands), ainsi que la Police d’ordre, constituent la première étape de la « Solution finale ». A travers votre film, nous découvrons ces unités mobiles, qui suivaient l’avancée de l’armée allemande à l’Est, unités créées avec comme intention précise l’extermination des Juifs et de tous les opposants du régime nazi. Au fur et à mesure de la lecture des articles sur vous et de vos interventions, vous nous êtes apparu comme étant un ouvrier humaniste, œuvrant contre la haine, contre toute forme de racisme et se battant contre l’antisémitisme. Vous voulez nous faire comprendre la complexité du monde. Et nous mesurons alors la chance de vous rencontrer.
Zélia et Philippine

 

Jeudi 19 novembre 2015

David Korn-Brzoza – Dénoncer sous l’occupation

Merci à David Korn-Brzoza de nous honorer de sa présence cet après-midi, à la Scam, pour la projection de son documentaire Dénoncer sous l’occupation. Nous nous sommes entretenues avec Olivier Wieviorka, co-auteur d’un de vos films La Chute du Reich et directeur de notre master, pour recueillir des informations à votre sujet.
Vous avez commencé en tant que monteur pour Patrick Rotman, réalisateur de documentaires historiques et politiques, ce qui vous a permis d’apprendre très tôt le sens du récit et de la dramaturgie. Vous réalisez votre premier film Echelon, le pouvoir secret, documentaire d’investigation sur le système d’écoute, à l’âge de trente ans. Vous enchaînez par la suite sur des films historiques, principalement centrés sur la Seconde Guerre mondiale, sujet fort en soi et par la dramaturgie qu’elle porte en elle-même. Entre autres, les films L’argent de la résistance, Hitler, mon grand-père ?, La Chute du Reich diffusé le 8 mai dernier sur France 2 pour les 70 ans de l’armistice et Dénoncer sous l’occupation. Le film est diffusé en prime time sur France 3 en mars 2012 et questionne l’acte de délation. Pour une fois, ce n’est pas la résistance qui fait l’objet d’un documentaire mais le côté « non-héroïque » de l’Histoire. L’originalité de votre film est d’explorer toute forme de délation : antisémite, anticommuniste ou encore antigaulliste.
Cette spécialisation sur la guerre – envisagée ou non – vous oriente vers le documentaire « tout-archive », impliquant un important travail de recherche de documentation, de citation. Pour Dénoncer sous l’occupation, votre travail de recherche a été très conséquent, trois ans. Insistons sur le fait que les archives utilisées sont inédites. Vous racontez : « J’ai passé mon temps à mettre le nez dans les archives et à ouvrir des boîtes qui, pour certaines, n’avaient jamais été ouvertes. » Vous attachez de l’importance au statut d’archive et le questionnez perpétuellement. Vous confiez que « le documentaire historique n’est pas un cours d’histoire, pas plus qu’un récit qu’on illustre par des images, encore moins des archives sur lesquelles on plaque un commentaire. » Vous faites le choix de poser un visage, une voix sur la délation, plutôt que de faire appel à des historiens à l’image. Vous vous attachez à travailler l’incarnation du récit. D’abord, l’incarnation des personnes comme vecteurs de vérité à travers leur témoignage. Vous expliquez que « l’intérêt d’un documentaire est de libérer la parole, cela donne envie aux gens de raconter leur histoire ». Après de nombreux échanges, vous êtes parvenu à gagner la confiance des témoins, vous avouant leurs actes. L’incarnation passe aussi par l’émotion. Vous insistez sur l’importance de procurer aux téléspectateurs une expérience émotionnelle. Nous nous apprêtons à découvrir ou redécouvrir Dénoncer sous l’occupation.
Merci pour cette projection – et votre venue, David Korn-Brzoza – qui va nous pousser à nous interroger – nous, étudiants en production, valorisation de patrimoine et conception audiovisuelle – sur tous les défis relevés. Vous avez réussi à livrer un film grand public sur un sujet qui dérange et à mettre en images un sujet abstrait. Visionnons ce tour de force technique et artistique.
Estelle Reveillère et Pauline Boulfroy